Article paru dans AikidoJournal n°16
Cette question contient le présupposé essentiel que l'aikido est bien un art martial dont l'objet est d'endiguer la violence et peut-être de la prévenir. Il est vrai que les différentes manières dont il est généralement présenté laissent toutes plus ou moins entendre l'idée de contrôle de la violence.
Je dois d'abord revenir sur la façon même dont l'aikido se dit. Il n'est en effet pas simple d'assumer l'importante contradiction exprimée dans " art martial non violent ". J'aime à en débattre car l'énoncé même contient une dimension dialectique passionnante. Il pose la question de la guerre et de la paix dans un cadre de référence qui n'est pas le face à face d'idées diamétralement opposées auquel notre culture nous a assujettis, celui-là même qui conduit certains à la vision réductrice attaque défense avec l'a priori de la légitimité de la défense. Au contraire, cet art de guerre pacifique porte son propre paradigme qui interdit toute vision simpliste et oblige tout un chacun à se confronter à ses propres contradictions, en particulier à constater son errance entre son désir de paix, de lien, d'empathie, et la spontanéité de sa violence et de ses besoins d'exercer du pouvoir sur l'autre.
La confusion dans laquelle nous nous trouvons, je dis " nous " pour dire " nous les aikidoka ", est éloquente. D'une part, nous nous repaissons d'idées compassionnelles comme " prendre l'adversaire sur son cœur " " la véritable force de l'art martial, c'est l'amour " et j'en passe, et nous faisons en même temps référence à l'histoire de la martialité japonaise dans ce qu'elle a de plus violent. Nous mêlons volontiers quelques aphorismes tirés d'une lecture sommaire de Takuan avec les cours de stratégie d'une violence inouïe de Musashi Myamoto. Nous voyons circuler nos apprentis aikidoka avec les paroles d'amour de O Sensei ( je désigne ainsi Ueshiba Morihei et lui seul) dans une main et " Hagakure " dans l'autre. Comment concilier cet esprit de compassion guerrière et cet appel au fanatisme, à la ségrégation violente. Dois-je citer ? ; " Le moine Keiho raconte que le seigneur Aki avait dit un jour que la vertu martiale était le fanatisme. J'ai constaté que cela s'accordait avec ma propre résolution et dès lors, je suis devenu de plus en plus extrême dans mon fanatisme.
On ne peut accomplir de grands exploits quand on est dans une disposition d'esprit normale. Il faut devenir fanatique et développer la passion de la mort.
La loyauté et la piété filiale sont superfétatoires dans la voie du samouraï ; ce dont chacun a besoin, c'est de la passion de la mort. Tout le reste découlera naturellement de cette passion.
Deuxième citation : " " A l'âge de cinq ans, à la demande de Jin'emon son père, Yamanoto Kichizaemon trancha un chien avec son sabre ; à quinze ans il dut exécuter de la même façon un criminel. C'était la coutume de l'époque.
C'est ainsi que le seigneur Katsushige, encore tout jeune, sur les ordres du seigneur Naoshige, exécuta plus de dix suppliciés successivement.
Cette pratique était courante dans les classes élevées, depuis fort longtemps, mais à présent même les enfants de classe mineure ne procèdent plus à ce genre d'exécution et c'est une négligence grave. Dire que l'on peut vivre sans avoir eu le mérite de tuer un supplicié, car il s'agit d'un crime, d'une vilenie et d'une souillure, n'est qu'une excuse. Ne peut-on penser au contraire que ce sont ceux dont la vertu martiale est ténue qui se soignent les mains ? Si on sonde l'esprit de celui qui trouve ces pratiques désagréables, on s'aperçoit qu'il cherche des excuses qui invoquent la raison, car il est trop sensible pour le faire. Pourtant Naoshige l'avait ordonné parce que c'est une pratique à suivre. L'an passé, je me suis rendu en un lieu d'exécution appelé Kase pour tester la sûreté de ma main et j'ai trouvé que c'était une bonne chose. Je me suis senti très bien. Penser que c'est impressionnant est un signe de lâcheté. "
Comment concilier en nous ces deux extraits de Hagakure avec ce récit fameux dont Monsieur Jazarin s'était servi pour préfacer le livre d'André Nocquet consacré à O Sensei " Présence et message ?
" Déjà, dans l'ère de Kamakura, on vénérait le Maître Masamune, artiste réputé dans la fabrication des épées. Son disciple, Muramasa fabriquait lui aussi des épées au tranchant incomparable. On les reconnaissait en les plantant dans un cours d'eau. Le fil en était tel que les feuilles mortes se coupaient d'elles-mêmes en le heurtant. Mais il ne put jamais imiter son maître, Masamune. Les lames de Masamune étaient forgées de telle façon que, placées dans le même courant, les feuilles ne heurtaient pas la lame, pourtant finement tranchante, mais se détournaient d'elles en l'approchant. La lame de Masamune, symbole de la pureté, de la droiture, de la loyauté et de la décision, était aussi conçue pour la paix et la non-violence ! "
Quand O Sensei disait " le conflit est créateur ", il réglait cette apparente contradiction. Art martial pour traduire simplement budo signifie que nous nous référons à un principe guerrier. Nous intégrons le fait qu'il existe une dimension conflictuelle qui risque de déboucher sur de la violence et nous appliquons dans ce contexte des principes guerriers qui sont tout simplement l'expression du principe de réalité. Nous ne dénions pas la violence, nous ne tendons pas l'autre joue, nous ne restons pas dans la passivité devant elle. Nous appliquons un processus technique qui répond de manière effective à la situation de violence. Je reviendrais sur celui-ci plus avant. Non violent introduit une dimension éthique indissociable de ce qu'est l'aikido. Celui qui renonce à cette éthique renonce en même temps à l'aikido. Ainsi, l'énoncé art martial non violent est l'affirmation d'un principe selon lequel il n'y a pas d'incompatibilité entre la martialité d'un côté et la non violence de l'autre, et que c'est par la dimension éthique que l'on parvient à résoudre cette apparente contradiction.
Je voudrais en venir à ce que peut être l'éthique de l'aikido mais je dois d'abord dire que la violence s'enracine dans le passé parce qu'elle est porteuse de liens et d'identité. Avant de faire un véritable réquisitoire contre elle, je veux en souligner le caractère indispensable dans notre monde tel qu'il est et insister sur un point : le regard que porte O Sensei sur le monde implique une véritable révolution, un changement de point de vue radical, ce qui est contenu dans art martial non violent. Mais venons en à la violence et de ce fait même, à la culture. Mon propos est de démontrer qu'il existe une attitude intérieure fondée sur une éthique qui peut faire naître une véritable culture non violente et que cela implique ce que je nomme une culture de l'autre.
Cette idée revêt à mes yeux une importance considérable. L'histoire de la non violence n'a pas encore commencé, sa préhistoire se résume à quelques idéologies ou doctrines jamais appliquées. Quant à l'idée d'opposer sa passivité à l'agresseur, c'est une forme de violence perverse, une violence qui ne se dit pas. Mon expérience de disciple puis d'enseignant d'arts martiaux (ne sommes-nous pas des spécialistes du conflit) m'a conduit à comprendre qu'il existe deux voies pour diminuer la violence : L'une vers l'extérieur, c'est à dire une action menée dans le but explicite de faire baisser la violence sociale, la violence politique, la violence des groupes en général. L'autre, vers l'intérieur, vers une violence primordiale qui nous habite tous et qui est la source à laquelle s'abreuve la première. Le seul travail sur la voie interne serait certainement suffisant si ce n'était l'extrême urgence à laquelle nous confronte la violence dans nos sociétés.
Cependant, il n'est pour moi question de dire que nous devons faire du prosélytisme parce que nous détenons une solution aux problèmes sociaux. Mais, je crois utile de signaler qu'il est important de ne pas faire le déni d'identité groupale, de ne pas faire table rase d'autres cultures par peur du communautarisme. Cela est la racine même de la violence sociale que nous avons vue ces dernières semaines. Ne pas transmettre de valeurs sous couvert d'un besoin d'intégration, c'est une source de violence et une impasse. On comprend et s'adapte d'autant mieux à une culture que l'on a conscience et connaissance de la sienne. Aucune intégration sociale n'est possible par le déni d'avoir été collectivement. Une source de violence universelle est la méconnaissance de son histoire. Ainsi donc, si l'aikido pouvait être utile à la société dans laquelle il se produit, ce serait en réclamant cette prudence relationnelle entre les groupes.
Avant de développer la démarche intérieure, je veux d'abord poser quelques idées propices à un changement dans l'approche intellectuelle de la violence.
Toute violence trouve son origine dans le déni explicite ou implicite, conscient ou inconscient, d'une identité. L'histoire de la violence est indissociable de celle de la culture. Identité, culture et violence forment une trinité fondatrice de nos sociétés.
La violence est la culture la mieux partagée par l'humanité, celle qui appartient à tous et dans laquelle chacun cherche une partie de son identité. Quand on ne se perçoit plus individuellement, on a recours à la violence pour recréer le lien avec soi. C'est ce réflexe qui légitime les violences défensives et la violence institutionnelle.
La violence est le seul lien qui maintienne la cohésion du monde quand il n'y a plus de conscience du lien. Elle répond à une obligation de loyauté qui naît de notre appartenance consciente ou inconsciente à l'humanité et à la nature. Quand O Sensei dit que la seule vraie force, c'est l'amour, il signifie clairement la nécessité de créer des liens qui supplantent la violence dans ce travail de cohésion du monde.
C'est cette nécessité d'unité universelle qui fait que la violence est le réflexe le plus immédiat, le moins discuté dès lors qu'il existe un risque de perdre le contact avec soi.
La violence : Quel est ce mal que nous nous faisons ? A quoi sert-il ?
Demander à quoi sert la violence, c'est tenter de répondre à cette importante question : Pourquoi la culture la mieux partagée, celle qui concerne l'humanité entière, est-elle celle de la violence ?
Mon objet n'est pas d'accuser la ou les cultures d'être responsables de nos maux, mais d'élargir la réflexion pour mettre en évidence certains dangers dus en particulier à un automatisme : La culture c'est bien ! N'oublions que tout ce qui est efficace est dangereux.
On réprouve en effet, assez facilement, le manque de culture. On ne remet jamais en question l'idée qu'il est juste de se cultiver mais on omet de dire que les cultures, au travers des civilisations qu'elles ont produites, ont laissé des traces sanglantes dans l'histoire de l'humanité.
Les livres d'histoire dans lesquels se fabriquent nos points de vue et par conséquent, une grande partie de nos idées (celles ci naissent biens sûr de la manière dont nous percevons notre histoire) fourmillent d'exemples de valorisation implicite de la violence.
Nous nous extasions devant la Grèce antique et sa pseudo démocratie dans laquelle l'esclavage est une norme indiscutable, nous admirons la Rome antique et son impérialisme qui servira de modèles à tous les conquérants, y compris les plus contemporains.
Les jeux du cirque n'ont pas cessé, l'esclavage non plus, l'abus sous toutes ses formes est rendu acceptable par l'idée de culture.
Les religions se fondent sur des meurtres, les boucs émissaires sont légions dans l'histoire de celles-ci et de plus en plus nombreux dans notre improbable modernité.
Ce sont des groupes entiers qui deviennent les boucs émissaires d'autres groupes dans un ensemble humain qui n'arrive pas à être car il n'arrive pas à être un.
On prend des pays en otage avec des justifications d'ordre culturel et moral, et quand on mêle culture et morale, on est déjà dans la religion. On prétend dire qui être et comment être en même temps. Les " Gott mit uns " sont remplacés par des " God bless America ", ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, et malheureusement, tout cela est finalement admis parce que cela correspond bien à la culture générale de l'invasion, de l'agression, de la compétition, celle du moi d'abord, avatar syncrétique des religions monothéistes et de la conception de l'individu qui en découle. La laïcité élevée au rang d'idéologie est du même acabit. Fondée dans la violence (révolution) et encore la violence (terreur), elle continue la longue lignée du droit à la violence défensive, dès qu'il y a menace pour l'identité collective qui se reconnaît dans cette histoire.
La violence légitimée par le droit à se défendre fonde, je l'ai dit en introduction, une violence institutionnelle qui est le leitmotiv de toutes les sociétés d'aujourd'hui et qui justifie l'abus de pouvoir, l'intrusion dans la vie privée des individus, les guerres les plus iniques. Je veux ajouter à ce réquisitoire quelques remarques : Toutes les cultures, même quand elles prétendaient à l'universalité, n'ont transmis au monde que des fragments de ce qu'elles furent. Ce sont parfois des vestiges désuets sur lesquels le présent qui s'ignore construit ses fantasmes, continuant ainsi à s'ignorer. Elles peuvent être aussi des blessures magnifiées qui deviennent des sources d'intolérance, d'idéologies légitimant des violences pourtant inacceptables. Ce sont souvent ces violences justifiées et valorisées a posteriori qui imposent une interprétation de l'histoire et du monde que l'on nomme la culture.
Elles ont toujours pour objet de permettre à un groupe de s'identifier, de se percevoir. Elles impliquent systématiquement une problématique de frontière, que celle-ci soit perçue au niveau du groupe ou de l'individu. Mais alors me direz-vous, qu'est-ce que la culture ?
C'est d'abord un ensemble de signes faisant sens et appartenant à un groupe à l'intérieur duquel ils permettent aux individus de communiquer et qui signifient l'identité groupale tout en étant une des constituantes de l'identité individuelle. Cet ensemble est en outre un point de vue sur le monde, un consensus qui rassemble les individus d'un même groupe. C'est un ensemble de symboles faisant de la langue, du code de comportement, de la gestuelle, de tous les moyens d'expression une mémoire collective. Les contenus de celle-ci ont une origine de nature essentiellement traumatique, et font de la culture un système de résilience collective élaborée quand elle n'est pas un moyen de refoulement collectif. Elle est un outil de résilience quand elle est transcendée par des actes de création artistique, par l'élaboration d'une éthique sociale ou d'une esthétique comportementale. Cela en fait un moyen de contrôle et de sublimation de la violence. Elle est un moyen de refoulement quand elle est utilisée de manière discriminatoire.
Elle l'est toujours quand elle prétend détenir une vérité sur le monde. Prétendre à une vérité sur le monde revient à constituer un réservoir de violence.
En outre, il faut considérer le fait que ladite mémoire, ou culture, s'exprime avant tout au travers de la langue, façonnant des ensembles ethnolinguistiques qui traduisent l'histoire des groupes humains car ils fournissent à ceux-ci les moyens de représentation donc la possibilité de se percevoir dans une identité collective. Ce triangle constitué de trois éléments absolument interdépendants, identité, histoire du groupe et façon de penser, crée pour le groupe les moyens de se percevoir. C'est en quelque sorte son triangle de sustentation. Dès qu'un de ces trois éléments est remis en question, c'est l'existence du groupe, sa viabilité qui est menacée, car ne pas se percevoir, c'est ne pas être à sa propre conscience.
La culture est aussi un moyen d'accès à l'autre, un moyen de le penser, aussi longtemps qu'il n'incarne pas " une trop inquiétante étrangeté ". Quand c'est le cas, la culture de la violence prend le relais pour faire disparaître l'altérité car elle est devenue un inconnaissable, c'est à dire qu'elle évoque notre propre disparition. La langue de l'autre, le point de vue de l'autre, l'histoire de l'autre sont des menaces dès lors que l'on ne perçoit pas que le triangle dans lequel on se repère appartient à un espace plus vaste qui inclut d'autres " être ", d'autres " exister ", d'autres " se penser ". C'est dans ces structures que viennent s'enraciner et se développer les idéologies qui mettent en œuvre les guerres qui les modifient en retour. Malheureusement, on n'agit comme s'il n'y avait pas d'autres moyens de les modifier que la violence.
Après ce portrait très noir de la culture, il m'est impossible d'avancer dans la compréhension de ce pourquoi elle occasionne tant de violence sans tenter de comprendre à quoi sert-elle ? Quelles sont les valeurs qu'elle contient et qui occasionne et légitime qu'on la défende au prix du sang ?
Je crois pouvoir dire qu'elle maintient la cohésion du groupe en modélisant un système relationnel. Elle permet aux individus de se reconnaître les uns les autres, c'est à dire qu'elle sert à établir un sentiment d'appartenance nécessaire à la structuration de l'identité psychique individuelle. Elle crée des archétypes qui répondent à " comment penser " et permettent donc d'élaborer la loi. Elle sert par conséquent à normer des comportements, et par contrecoups à définir un cadre conscientiel, une conscience éthique, une conscience morale qui lui est propre.
Que l'on nous parle d'utiliser la force de l'agresseur contre lui, que l'on nous propose de contrôler l'autre en utilisant ses déséquilibres, que l'on nous dise de l'aikido qu'il est une technique de self défense, il est toujours question de maîtrise dans une situation conflictuelle. J'ai déjà dit dans d'autres publications ce que je pense de telles définitions. Je ne crois pas que l'aikido soit un moyen de contraindre l'autre gentiment, grâce à une supériorité technique. Je crois que si cela était, l'aikido ne serait qu'un moyen de guerre sophistiqué. En aikido, il n'est pas question de défense. Il y a lieu de chercher ailleurs, dans une dimension intérieure, conscientielle et par conséquent symbolique, sa dimension pacifique. Dit autrement, il ne s'agit pas de contenir la violence de l'autre mais bien de se poser la question de la sienne.
Je dois d'abord revenir sur la façon même dont l'aikido se dit. Il n'est en effet pas simple d'assumer l'importante contradiction exprimée dans " art martial non violent ". J'aime à en débattre car l'énoncé même contient une dimension dialectique passionnante. Il pose la question de la guerre et de la paix dans un cadre de référence qui n'est pas le face à face d'idées diamétralement opposées auquel notre culture nous a assujettis, celui-là même qui conduit certains à la vision réductrice attaque défense avec l'a priori de la légitimité de la défense. Au contraire, cet art de guerre pacifique porte son propre paradigme qui interdit toute vision simpliste et oblige tout un chacun à se confronter à ses propres contradictions, en particulier à constater son errance entre son désir de paix, de lien, d'empathie, et la spontanéité de sa violence et de ses besoins d'exercer du pouvoir sur l'autre.
La confusion dans laquelle nous nous trouvons, je dis " nous " pour dire " nous les aikidoka ", est éloquente. D'une part, nous nous repaissons d'idées compassionnelles comme " prendre l'adversaire sur son cœur " " la véritable force de l'art martial, c'est l'amour " et j'en passe, et nous faisons en même temps référence à l'histoire de la martialité japonaise dans ce qu'elle a de plus violent. Nous mêlons volontiers quelques aphorismes tirés d'une lecture sommaire de Takuan avec les cours de stratégie d'une violence inouïe de Musashi Myamoto. Nous voyons circuler nos apprentis aikidoka avec les paroles d'amour de O Sensei ( je désigne ainsi Ueshiba Morihei et lui seul) dans une main et " Hagakure " dans l'autre. Comment concilier cet esprit de compassion guerrière et cet appel au fanatisme, à la ségrégation violente. Dois-je citer ? " Le moine Keiho raconte que le seigneur Aki avait dit un jour que la vertu martiale était le fanatisme. J'ai constaté que cela s'accordait avec ma propre résolution et dès lors, je suis devenu de plus en plus extrême dans mon fanatisme.
On ne peut accomplir de grands exploits quand on est dans une disposition d'esprit normale. Il faut devenir fanatique et développer la passion de la mort.
La loyauté et la piété filiale sont superfétatoires dans la voie du samouraï ; ce dont chacun a besoin, c'est de la passion de la mort. Tout le reste découlera naturellement de cette passion.
Deuxième citation : " A l'âge de cinq ans, à la demande de Jin'emon son père, Yamanoto Kichizaemon trancha un chien avec son sabre ; à quinze ans il dut exécuter de la même façon un criminel. C'était la coutume de l'époque.
C'est ainsi que le seigneur Katsushige, encore tout jeune, sur les ordres du seigneur Naoshige, exécuta plus de dix suppliciés successivement.
Cette pratique était courante dans les classes élevées, depuis fort longtemps, mais à présent même les enfants de classe mineure ne procèdent plus à ce genre d'exécution et c'est une négligence grave. Dire que l'on peut vivre sans avoir eu le mérite de tuer un supplicié, car il s'agit d'un crime, d'une vilenie et d'une souillure, n'est qu'une excuse. Ne peut-on penser au contraire que ce sont ceux dont la vertu martiale est ténue qui se soignent les mains ? Si on sonde l'esprit de celui qui trouve ces pratiques désagréables, on s'aperçoit qu'il cherche des excuses qui invoquent la raison, car il est trop sensible pour le faire. Pourtant Naoshige l'avait ordonné parce que c'est une pratique à suivre. L'an passé, je me suis rendu en un lieu d'exécution appelé Kase pour tester la sûreté de ma main et j'ai trouvé que c'était une bonne chose. Je me suis senti très bien. Penser que c'est impressionnant est un signe de lâcheté. "
Comment concilier en nous ces deux extraits de Hagakure avec ce récit fameux dont Monsieur Jazarin s'était servi pour préfacer le livre d'André Nocquet consacré à O Sensei " Présence et message ?
" Déjà, dans l'ère de Kamakura, on vénérait le Maître Masamune, artiste réputé dans la fabrication des épées. Son disciple, Muramasa fabriquait lui aussi des épées au tranchant incomparable. On les reconnaissait en les plantant dans un cours d'eau. Le fil en était tel que les feuilles mortes se coupaient d'elles-mêmes en le heurtant. Mais il ne put jamais imiter son maître, Masamune. Les lames de Masamune étaient forgées de telle façon que, placées dans le même courant, les feuilles ne heurtaient pas la lame, pourtant finement tranchante, mais se détournaient d'elles en l'approchant. La lame de Masamune, symbole de la pureté, de la droiture, de la loyauté et de la décision, était aussi conçue pour la paix et la non-violence ! "
Quand O Sensei disait " le conflit est créateur ", il réglait cette apparente contradiction. Art martial pour traduire simplement budo signifie que nous nous référons à un principe guerrier. Nous intégrons le fait qu'il existe une dimension conflictuelle qui risque de déboucher sur de la violence et nous appliquons dans ce contexte des principes guerriers qui sont tout simplement l'expression du principe de réalité. Nous ne dénions pas la violence, nous ne tendons pas l'autre joue, nous ne restons pas dans la passivité devant elle. Nous appliquons un processus technique qui répond de manière effective à la situation de violence. Je reviendrais sur celui-ci plus avant. Non violent introduit une dimension éthique indissociable de ce qu'est l'aikido. Celui qui renonce à cette éthique renonce en même temps à l'aikido. Ainsi, l'énoncé art martial non violent est l'affirmation d'un principe selon lequel il n'y a pas d'incompatibilité entre la martialité d'un côté et la non violence de l'autre, et que c'est par la dimension éthique que l'on parvient à résoudre cette apparente contradiction.
Je voudrais en venir à ce que peut être l'éthique de l'aikido mais je dois d'abord dire que la violence s'enracine dans le passé parce qu'elle est porteuse de liens et d'identité. Avant de faire un véritable réquisitoire contre elle, je veux en souligner le caractère indispensable dans notre monde tel qu'il est et insister sur un point : le regard que porte O Sensei sur le monde implique une véritable révolution, un changement de point de vue radical, ce qui est contenu dans art martial non violent. Mais venons en à la violence et de ce fait même, à la culture. Mon propos est de démontrer qu'il existe une attitude intérieure fondée sur une éthique qui peut faire naître une véritable culture non violente et que cela implique ce que je nomme une culture de l'autre.
Cette idée revêt à mes yeux une importance considérable. L'histoire de la non violence n'a pas encore commencé, sa préhistoire se résume à quelques idéologies ou doctrines jamais appliquées. Quant à l'idée d'opposer sa passivité à l'agresseur, c'est une forme de violence perverse, une violence qui ne se dit pas. Mon expérience de disciple puis d'enseignant d'arts martiaux (ne sommes-nous pas des spécialistes du conflit) m'a conduit à comprendre qu'il existe deux voies pour diminuer la violence : L'une vers l'extérieur, c'est à dire une action menée dans le but explicite de faire baisser la violence sociale, la violence politique, la violence des groupes en général. L'autre, vers l'intérieur, vers une violence primordiale qui nous habite tous et qui est la source à laquelle s'abreuve la première. Le seul travail sur la voie interne serait certainement suffisant si ce n'était l'extrême urgence à laquelle nous confronte la violence dans nos sociétés.
Cependant, il n'est pour moi question de dire que nous devons faire du prosélytisme parce que nous détenons une solution aux problèmes sociaux. Mais, je crois utile de signaler qu'il est important de ne pas faire le déni d'identité groupale, de ne pas faire table rase d'autres cultures par peur du communautarisme. Cela est la racine même de la violence sociale que nous avons vue ces dernières semaines. Ne pas transmettre de valeurs sous couvert d'un besoin d'intégration, c'est une source de violence et une impasse. On comprend et s'adapte d'autant mieux à une culture que l'on a conscience et connaissance de la sienne. Aucune intégration sociale n'est possible par le déni d'avoir été collectivement. Une source de violence universelle est la méconnaissance de son histoire. Ainsi donc, si l'aikido pouvait être utile à la société dans laquelle il se produit, ce serait en réclamant cette prudence relationnelle entre les groupes.
Avant de développer la démarche intérieure, je veux d'abord poser quelques idées propices à un changement dans l'approche intellectuelle de la violence.
Toute violence trouve son origine dans le déni explicite ou implicite, conscient ou inconscient, d'une identité. L'histoire de la violence est indissociable de celle de la culture. Identité, culture et violence forment une trinité fondatrice de nos sociétés.
La violence est la culture la mieux partagée par l'humanité, celle qui appartient à tous et dans laquelle chacun cherche une partie de son identité. Quand on ne se perçoit plus individuellement, on a recours à la violence pour recréer le lien avec soi. C'est ce réflexe qui légitime les violences défensives et la violence institutionnelle.
La violence est le seul lien qui maintienne la cohésion du monde quand il n'y a plus de conscience du lien. Elle répond à une obligation de loyauté qui naît de notre appartenance consciente ou inconsciente à l'humanité et à la nature. Quand O Sensei dit que la seule vraie force, c'est l'amour, il signifie clairement la nécessité de créer des liens qui supplantent la violence dans ce travail de cohésion du monde.
C'est cette nécessité d'unité universelle qui fait que la violence est le réflexe le plus immédiat, le moins discuté dès lors qu'il existe un risque de perdre le contact avec soi.
La violence : Quel est ce mal que nous nous faisons ? A quoi sert-il ?
Demander à quoi sert la violence, c'est tenter de répondre à cette importante question : Pourquoi la culture la mieux partagée, celle qui concerne l'humanité entière, est-elle celle de la violence ?
Mon objet n'est pas d'accuser la ou les cultures d'être responsables de nos maux, mais d'élargir la réflexion pour mettre en évidence certains dangers dus en particulier à un automatisme : La culture c'est bien ! N'oublions que tout ce qui est efficace est dangereux.
On réprouve en effet, assez facilement, le manque de culture. On ne remet jamais en question l'idée qu'il est juste de se cultiver mais on omet de dire que les cultures, au travers des civilisations qu'elles ont produites, ont laissé des traces sanglantes dans l'histoire de l'humanité.
Les livres d'histoire dans lesquels se fabriquent nos points de vue et par conséquent, une grande partie de nos idées (celles ci naissent biens sûr de la manière dont nous percevons notre histoire) fourmillent d'exemples de valorisation implicite de la violence.
Nous nous extasions devant la Grèce antique et sa pseudo démocratie dans laquelle l'esclavage est une norme indiscutable, nous admirons la Rome antique et son impérialisme qui servira de modèles à tous les conquérants, y compris les plus contemporains.
Les jeux du cirque n'ont pas cessé, l'esclavage non plus, l'abus sous toutes ses formes est rendu acceptable par l'idée de culture.
Les religions se fondent sur des meurtres, les boucs émissaires sont légions dans l'histoire de celles-ci et de plus en plus nombreux dans notre improbable modernité.
Ce sont des groupes entiers qui deviennent les boucs émissaires d'autres groupes dans un ensemble humain qui n'arrive pas à être car il n'arrive pas à être un.
On prend des pays en otage avec des justifications d'ordre culturel et moral, et quand on mêle culture et morale, on est déjà dans la religion. On prétend dire qui être et comment être en même temps. Les " Gott mit uns " sont remplacés par des " God bless America ", ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, et malheureusement, tout cela est finalement admis parce que cela correspond bien à la culture générale de l'invasion, de l'agression, de la compétition, celle du moi d'abord, avatar syncrétique des religions monothéistes et de la conception de l'individu qui en découle. La laïcité élevée au rang d'idéologie est du même acabit. Fondée dans la violence (révolution) et encore la violence (terreur), elle continue la longue lignée du droit à la violence défensive, dès qu'il y a menace pour l'identité collective qui se reconnaît dans cette histoire.
La violence légitimée par le droit à se défendre fonde, je l'ai dit en introduction, une violence institutionnelle qui est le leitmotiv de toutes les sociétés d'aujourd'hui et qui justifie l'abus de pouvoir, l'intrusion dans la vie privée des individus, les guerres les plus iniques. Je veux ajouter à ce réquisitoire quelques remarques : Toutes les cultures, même quand elles prétendaient à l'universalité, n'ont transmis au monde que des fragments de ce qu'elles furent. Ce sont parfois des vestiges désuets sur lesquels le présent qui s'ignore construit ses fantasmes, continuant ainsi à s'ignorer. Elles peuvent être aussi des blessures magnifiées qui deviennent des sources d'intolérance, d'idéologies légitimant des violences pourtant inacceptables. Ce sont souvent ces violences justifiées et valorisées a posteriori qui imposent une interprétation de l'histoire et du monde que l'on nomme la culture.
Elles ont toujours pour objet de permettre à un groupe de s'identifier, de se percevoir. Elles impliquent systématiquement une problématique de frontière, que celle-ci soit perçue au niveau du groupe ou de l'individu. Mais alors me direz-vous, qu'est-ce que la culture ?
C'est d'abord un ensemble de signes faisant sens et appartenant à un groupe à l'intérieur duquel ils permettent aux individus de communiquer et qui signifient l'identité groupale tout en étant une des constituantes de l'identité individuelle. Cet ensemble est en outre un point de vue sur le monde, un consensus qui rassemble les individus d'un même groupe. C'est un ensemble de symboles faisant de la langue, du code de comportement, de la gestuelle, de tous les moyens d'expression une mémoire collective. Les contenus de celle-ci ont une origine de nature essentiellement traumatique, et font de la culture un système de résilience collective élaborée quand elle n'est pas un moyen de refoulement collectif. Elle est un outil de résilience quand elle est transcendée par des actes de création artistique, par l'élaboration d'une éthique sociale ou d'une esthétique comportementale. Cela en fait un moyen de contrôle et de sublimation de la violence. Elle est un moyen de refoulement quand elle est utilisée de manière discriminatoire.
Elle l'est toujours quand elle prétend détenir une vérité sur le monde. Prétendre à une vérité sur le monde revient à constituer un réservoir de violence.
En outre, il faut considérer le fait que ladite mémoire, ou culture, s'exprime avant tout au travers de la langue, façonnant des ensembles ethnolinguistiques qui traduisent l'histoire des groupes humains car ils fournissent à ceux-ci les moyens de représentation donc la possibilité de se percevoir dans une identité collective. Ce triangle constitué de trois éléments absolument interdépendants, identité, histoire du groupe et façon de penser, crée pour le groupe les moyens de se percevoir. C'est en quelque sorte son triangle de sustentation. Dès qu'un de ces trois éléments est remis en question, c'est l'existence du groupe, sa viabilité qui est menacée, car ne pas se percevoir, c'est ne pas être à sa propre conscience.
La culture est aussi un moyen d'accès à l'autre, un moyen de le penser, aussi longtemps qu'il n'incarne pas " une trop inquiétante étrangeté ". Quand c'est le cas, la culture de la violence prend le relais pour faire disparaître l'altérité car elle est devenue un inconnaissable, c'est à dire qu'elle évoque notre propre disparition. La langue de l'autre, le point de vue de l'autre, l'histoire de l'autre sont des menaces dès lors que l'on ne perçoit pas que le triangle dans lequel on se repère appartient à un espace plus vaste qui inclut d'autres " être ", d'autres " exister ", d'autres " se penser ". C'est dans ces structures que viennent s'enraciner et se développer les idéologies qui mettent en œuvre les guerres qui les modifient en retour. Malheureusement, on n'agit comme s'il n'y avait pas d'autres moyens de les modifier que la violence.
Après ce portrait très noir de la culture, il m'est impossible d'avancer dans la compréhension de ce pourquoi elle occasionne tant de violence sans tenter de comprendre à quoi sert-elle ? Quelles sont les valeurs qu'elle contient et qui occasionne et légitime qu'on la défende au prix du sang ?
Je crois pouvoir dire qu'elle maintient la cohésion du groupe en modélisant un système relationnel. Elle permet aux individus de se reconnaître les uns les autres, c'est à dire qu'elle sert à établir un sentiment d'appartenance nécessaire à la structuration de l'identité psychique individuelle. Elle crée des archétypes qui répondent à " comment penser " et permettent donc d'élaborer la loi. Elle sert par conséquent à normer des comportements, et par contrecoups à définir un cadre conscientiel, une conscience éthique, une conscience morale qui lui est propre.
C'est pourquoi je dis qu'elle est dans le cadre du groupe un moyen d'accès à l'autre
A qui sert la culture ?
A l'individu qui s'autodétermine tel en se reliant à un groupe qu'il identifie comme sien grâce à la communauté de culture donc de pensée Au groupe qui limite par la culture et ses prolongements le champ d'action et de pensée de l'individu. Au groupe qui arrête le développement ontogénétique de la conscience de l'individu en structurant par l'interaction avec lui une conscience psychique conforme à une norme groupale. Au groupe qui peut se reconnaître dans la conscience de l'individu ainsi formée, et se développer à travers elle. Au groupe qui se dote ainsi des moyens d'interpréter sa propre histoire et de s'objectiver dans le consensus des individus le composant.
La culture peut donc être considérée comme une constituante essentielle de l'identité groupale et individuelle qui s'élabore dans l'interaction individu groupe.
Cette interaction commence dès la période d'imprégnation du nourrisson et se prolonge de la famille à la société. L'individu est en proie à des forces qui deviennent contradictoires dès lors que la conscience psychique émerge. D'une part, il est un être naturel, doté d'un potentiel de développement propre et d'un potentiel lié à ses diverses appartenances naturelles à une espèce, une race, une ethnie, une famille. D'autre part, il est un être socialisé donc acculturé, ce qui lui donne les moyens de communiquer, d'être en relation, mais endigue sa pulsion de vie vers un but qui ne lui est pas propre. Ses diverses potentialités sont le lieu d'un conflit. Il n'est pas sans être relié, il ne peut être sans être détaché. C'est ce qui s'exprime dans la culture, le conflit de l'appartenance et de l'indépendance. La culture désubjective l'individu qui n'existe pas sans appartenir à un groupe qui précisément se perçoit et lui permet de se percevoir grâce à sa culture.
La culture, en plaçant, par les divers apprentissages du langage, des codes sociaux etc.…, les fondements d'une vision du monde commune à notre groupe dans la structure profonde de notre conscience, interrompt l'ontogenèse de celle-ci. En effet, toute pensée, serait-ce même la plus intime, se construit avec des images et des mots communs au groupe. Se penser soi-même, dire simplement " je " est un acte culturel et par conséquent, un acte collectif. Cela a l'effet positif de donner à l'individu les moyens de s'intégrer à la communauté humaine, de se repérer dans le groupe, et donc de se percevoir dans sa différence. Mais, le prix à payer est le renoncement à un soi dont on ignore tout, si ce n'est qu'on y renonce. C'est une violence fondamentale faite à l'individu. Chaque fois que celui-ci se retrouvera dans une situation où son mode d'interprétation du monde sera remis en question, il vivra une remise en question de son identité sociale, autant dire, de tous ses choix, de ses liens, de ses amours. Il perdra les moyens de se représenter, et, il entendra l'écho d'un traumatisme né de cette obligation de renoncer à un soi immense, sublime, idéal pour rester dans le groupe, pour en faire partie.
Il n'existe qu'un moyen de sortir de ce conflit intérieur, de ne plus réagir aux conséquences traumatiques de ce renoncement au grand soi pour devenir le petit être groupal, c'est de travailler durement pour faire passer l'autre avant soi, pour qu'il prenne plus d'importance dans notre organisation que l'ego, pour sortir de cette définition de l'autre, l'alter ego, à partir de soi. Il consiste à contenir le soi dans une structure conscientielle qui n'est pas le psychisme, le lieu de représentation de soi. Mais dans quoi me direz-vous ? Quel peut être ce lieu de conscience de soi qui ne serait pas la conscience mentale de soi ?
Répondre à cela est absolument indispensable pour qui veut voir diminuer la violence dans ce monde, car interpréter le monde à partir de ce soi là, c'est le fantasmer, c'est créer un monde qui ne peut être le réel de l'autre. Interpréter le monde à partir de sa propre culture, c'est faire usage d'un ego collectif, ce caractère collectif justifiant l'abus de point de vue et déculpabilisant l'être abusif puisqu'il peut justifier son acte par le fait que son point de vue est partagé par les autres qu'il reconnaît. Ainsi, il n'a pas à tenir compte de ce que nombre d'autres ne peuvent pas le partager car leur réel est tout autre. Quid de nombreux actes politiques qui s'appuient exclusivement sur la vision du monde partagée par les puissants avec les conséquences que nous connaissons pour les autres.
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